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Les devoirs, contre productifs ?

Par Patrick • Actualités • Mercredi 01/10/2008 • 1 commentaire  • Lu 496 fois • Version imprimable

M. Kohn est auteur et consultant dans le monde de l'éducation et de la parentalité. Il a notamment publié The Homework Myth: Why our kids get too much of a bad thing. Je la publie parce que je trouve qu'on gagne toujours à voir comment les problèmes sont perçus et traités dans les autres pays.

Quel est le problème, avec les devoirs ?

La plupart des parents sont bien placés pour le savoir. Ils constatent la fatigue, la frustration de leurs enfants, et les conflits qui s'ensuivent. Ils voient des enfants qui n'ont plus le temps de s'occuper de ce qui les intéressent après une journée entière d'école. Les devoirs peuvent à eux seuls étouffer la curiosité d'un enfant. Ils tendent à rendre les enfants moins excités par l'idée d'apprendre.

Existe t-il quelque chose comme de "bons devoirs" ?

La charge de la preuve incombe à ceux qui disent que 6 heures de cours par jour n'est pas suffisant pour un enfant. En outre, je crois qu'il y a une autre question valable ici : qui doit décider de ce qui se passe au cours du temps en famille : l'école ou les familles?  Je pense qu'il y a des moments où il est sain que les écoles n'empiètent pas sur le temps familial . Par exemple, des moments de lecture libre, où les enfants choisissent les livres sans avoir à lire tant de pages en tant de minutes.

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Que dire des travaux qui n'ont pas été terminés en classe ?

Qui décide de ces travaux, et sont-ils utiles ? Aucun prof censé ne donne la même charge de travail à tous ses élèves. Non seulement parce qu'ils ne travaillent pas tous au même rythme, mais aussi parce qu'ils n'ont pas tous les mêmes facultés de compréhension. S'il s'agit d'un exercice type table de calcul, cela ne devrait être employé nul part, car selon les meilleures études, ce n'est pas un moyen efficace pour apprendre aux enfants la maîtrise de leurs idées et l'apprentissage au long cours.

Alors plus de table de calcul en classe ?

Les meilleurs enseignants ne s'attardent pas sur le remplissage de table de calcul, car c'est mettre l'accent sur la mémorisation par coeur, plutot que sur l'apprentissage, qui signifie comprendre ce que l'on lit, en l'occurrence comprendre les principes mathématiques "de l'intérieur". Ce qui est remarquable, à propos des devoirs, c'est qu'on n'a jamais mis en évidence leur avantage. Aucune étude n'a jamais mis en évidence un quelconque bénéfice aux devoirs avant le secondaire. A l'école primaire, il n'y a aucune corrélation sérieuse entre les devoirs et la réussite scolaire. Au secondaire, il y a une faible corrélation, mais sans preuve d'un lien de cause à effet. Autrement dit, les adolescents qui font plus de devoir ont effectivement de meilleures notes, mais on n'a pas la preuve qu'ils ont de meilleures notes parce qu'ils font des devoirs à la maison.

Les devoirs n'ont-ils pas d'autres bénéfices ?

Certains prétendent que les devoirs promeuvent l'auto-discipline, l'indépendance, la responsabilité ou de bonnes habitudes de travail, mais ce n'est absolument pas confirmé par les études. C'est tout au plus de la sagesse populaire.

Les autorités de Toronto limitent désormais les devoirs à une heure de travail au collège, et deux heures au lycée : une école élémentaire à Barrie (une ville limitrophe à Toronto, NDLR) a complètement banni les devoirs.

Le choix de Toronto est un premier petit pas. Quant à Barry, je suis certain que les élèves vont en bénéficier. De ce que j'ai pu apprendre de l'expérience américaine dans les écoles qui ont banni les devoirs, c'est que les enfants y sont plus nombreux à lire pour le plaisir, à suivre les informations, à faire des recherches en ligne, ou encore à montrer à leurs parents une expérience scientifique qu'ils ont réalisée à l'école, etc.

Certains parents de Barrie disent que sans les devoirs, ils perdent toute notion de ce qu'il se passe dans la classe de leurs enfants.

C'est un problème qu'on peut rêgler en cinq minutes. Les professeurs peuvent annoter le carnet de liaison des élèves : voilà ce que nous enseignons, et pourquoi. Ils peuvent recevoir les parents de temps à autre. Vérifier que les parents sont investis dans l'éducation de leurs enfants est d'ailleurs un bon objectif.

Ceci est la traduction d'une interview d'Alfie Kohn, publiée sur parentcentral.ca.

Commentaires

par Patrick le Mercredi 08/10/2008 à 11:50

Commentaire intéressant de Jean de la Varende ici 
L’idée la plus néfaste, quant à moi, concerne la finalité des devoirs en tant que moyen de favoriser « les bonnes habitudes de travail. » L’école n’est pas un lieu pour développer des habitudes de travail, mais des habitudes d’apprentissage. Du moins pas dans la conception que se font la plupart des parents du travail, soit le travail de bureau. L’école ne doit pas être une préparation à la bureaucratie, surtout pas à 6 ans. On ne réussit de la sorte qu’à étouffer la capacité naturelle de l’esprit à explorer, créer et innover, qualités bien plus essentielles au développement de l’individu et de la société.



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