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Encouragez vos enfants au copier-coller

Par Patrick • Actualités • Jeudi 04/09/2008 • 0 commentaires  • Lu 1297 fois • Version imprimable

Dans un article du Monde du 19 juillet, consacré à la mémoire, M. Hervé Morin se posait une question « que l'éducation nationale [et j’ajoute, les parents que nous sommes] ne pourra pas éluder très longtemps : pourquoi se donner la peine d'engranger des savoirs immédiatement disponibles, qui plus est copiables et collables ? Ne vaudrait-il pas mieux tester la capacité des élèves à "googler", c'est-à-dire à trouver et à organiser de façon pertinente ces connaissances ? »  Je trouve la question un peu piégeuse ; elle ne date pas de Google, et d’ailleurs elle oppose deux façons de progresser qui n’ont pas forcément lieu d’être opposées. Au contraire, il me semble qu’elles sont complémentaires. Mais il est vrai que l’internet, l’indexation efficace d'un bon moteur de recherche, et la puissance collaborative du web ne se contentent pas de provoquer un changement dans les outils d’apprentissage, ils changent la philosophie de l’apprentissage lui-même. L’internet me fait penser à l’histoire de la calculette, à la puissance mille : est-ce utile d’être un génie du calcul mental, ou ne vaut-il pas mieux savoir que faire de la puissance d’une calculatrice ? Je ne vais pas plus loin dans la comparaison, l’internet n'a pas la précision et la pertinence d’une calculatrice. Un minimum de savoirs, engrangés de manière sure et mémorisés « à l’ancienne », c'est encore ce qu’on fait de mieux pour trier les savoirs « immédiatement disponibles » et encyclopédiques du net.

 

Outre ce souci de pertinence, le "savoir internet" doit sa mauvaise réputation à la facilité confondante du copier-coller et au principe de propriété intellectuelle attaché, notamment, aux écrits. Mais est-ce qu'on ne devrait pas remettre en question cette prétendue facilité, ainsi que ce principe de propriété ? Nombreux sont les intervenants, sur le net, qui prennent la défense, voire, qui prônent le copier-coller, avec des arguments plutôt valables. « La communication orale, antérieure à la communication écrite, ne s’est jamais souciée de plagiat [...] La propriété intellectuelle est née du commerce, à l’enseigne duquel loge l’édition[...] Si métier d’élève consiste d’abord et avant tout à bâtir un édifice unique, on ne saurait exiger de lui qu’il forge tous ses matériaux. » (sur le site oppossum). Bref, la « propriété intellectuelle » est avant tout une propriété commerciale. Et finalement, le copier-coller cache, sous un nom un peu infamant mais bien de son époque, le retour d’un principe de transmission, de partage et de gratuité qui a toujours fait la noblesse du vrai savoir, oui ou non ?

 

Faut-il enfin se répandre sur la prétendue facilité du copier-coller et de l’accès à l’information avec l’internet ? L’internet permet d’accéder facilement à une multitude des briques du savoir, on devrait s’en réjouir. La question est bien de savoir comment et pourquoi l’enfant va choisir ces briques, si c'est par faineantise ou curiosité, et comment va t-il les agencer : en une accumulation stupide ou en un brillant résumé ? Je "truisme" pour conclure : il faut apprendre aux enfants à apprendre. Libre à eux ensuite d’apprendre à reconstruire une brique élémentaire de savoir, ou de reprendre les briques des autres afin d’être fabricants, maçons ou architectes dans l'édifice de la connaissance.

 

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